Armistice au PS qui se met en ordre de bataille pour les municipales

Publié le par titof

Au Parti socialiste, qui a réuni dimanche 20 janvier, à Paris, ses secrétaires de section ainsi que ses candidats aux élections municipales et cantonales, l'heure est à l'apaisement. A sept semaines du premier tour, les grands leaders – y compris Dominique Strauss-Kahn, qui a fait une apparition surprise – effectuent leur retour dans les instances du PS et acceptent un armistice préélectoral.

Samedi, Maison de la chimie.

Ségolène Royal est applaudie par un demi-millier de personnes réunies pour la séance de clôture des journées de l'Institut Edgar-Quinet du député européen Vincent Peillon. L'ex-candidate, qui intervient sur la question des classes moyennes – il faut, dit-elle, "déculpabiliser et encourager la réussite individuelle" –, a composé une tribune qui fait sens. Autour d'elle, ont notamment pris place les strauss-kahniens Pierre Moscovici et Marisol Touraine, le "rénovateur" Gaëtan Gorce et André Vallini, proche de François Hollande.

Présence ne vaut pas allégeance, mais la photo doit apporter un démenti à l'isolement supposé de Mme Royal. Les plus hardis y voient même les contours d'une future majorité.

Dimanche, Maison de la Mutualité.

10 h 00. A la Maison de la Mutualité, où se tient le troisième et dernier "forum de la rénovation" sur le thème "les socialistes et l'individu", Ségolène Royal fait une entrée plus discrète. Pour son grand retour au PS, elle se réfugie incognito au balcon de la salle.

11 h 15. Un autre socialiste met à profit cette journée pour effectuer, à la surprise générale, son come-back. De passage à Paris dans le cadre de ses fonctions au FMI, Dominique Strauss-Kahn, qui doit rencontrer lundi après-midi Nicolas Sarkozy, fait un détour par la Mutualité.

DSK, visiblement satisfait d'avoir créé la surprise, retrouve ses habits de chef de courant. "Le gouvernement a de bonnes raisons d'être sanctionné par les Français", déclare-t-il aux journalistes qui l'attendent à l'extérieur. "Je suis de très près ce qui se passe", ajoute M. Strauss-Kahn, qui avoue pourtant que les grand-messes socialistes ne lui manquaient "pas vraiment". "Un jour, rappelle-t-il, je reviendrai en France." Ce dont, à vrai dire, personne n'a jamais douté au PS.

"Dominique adresse des signes dans cette campagne; il reste socialiste et continue de s'inscrire dans le paysage", insiste Christophe Borgel, son ancien directeur de campagne lors des "primaires" socialistes. "Pour que DSK ait vraiment un avenir au PS, il faudrait que la guerre des chefs s'éternise et que le parti soit incapable de se trouver un leader dans les deux ou trois prochaines années. On n'en est pas encore là", remarque toutefois un strauss-kahnien.

11 h 20. L'entrée de DSK en vedette américaine dans la grande salle, où sont rassemblés 3000 participants, interrompt quelques instants la séance. "C'est ce que l'on appelle la personnalisation du débat politique", grince le fabiusien Jacques Généreux, contraint de s'interrompre au milieu d'une diatribe enflammée. Derrière lui, un grand panneau rappelle le thème du forum : "Quelle place pour l'individuel et le collectif?"

12 h 30. Un militant distribue "une lettre ouverte aux dirigeants nationaux, adoptée à l'unanimité", par la section de Toulouse-Le Mirail. "Cessez de vous regarder le nombril et faites bloc contre Sarkozy", réclame le texte.

13 h 00. François Hollande appelle à la paix des braves : "Il n'y aura de réussite individuelle au Parti socialiste que dans la solidarité et les valeurs collectives."

14 h 30. Décidément, la famille socialiste veut faire bonne figure. Avant l'ouverture du rassemblement national qui doit lancer la campagne du PS, les photographes mitraillent Ségolène Royal et Bertrand Delanoë assis au premier rang, non loin de Laurent Fabius, un peu isolé. François Hollande n'est pas en lice; il laisse le champ libre aux trois ténors qui doivent prendre la parole.

14 h 50. Premier de cordée, Bertrand Delanoë est d'accord pour jouer collectif.

"A ces élections locales, nous sommes candidats en équipe, même s'il y a un animateur; aucun d'entre nous ne peut gagner seul et c'est une chance pour notre famille politique, pour le PS." Le maire de Paris appelle à "faire rempart" contre la droite et salue la salle, une main sur le cœur.

15 h 15. Les partisans de Ségolène Royal lui font un triomphe pendant qu'une partie de l'assistance reste de marbre. L'ex-candidate évite de s'exprimer à la première personne et d'évoquer le parti. Elle préfère centrer son propos sur la critique du gouvernement. "Ils veulent faire de ces élections un test national ? Eh bien, ils l'auront !", affirme-t-elle.

15 h 45. Pour Laurent Fabius aussi, ce sont des retrouvailles. Descendu de son Aventin de "sage actif", il propose d'infliger "un carton jaune" à Nicolas Sarkozy, mais ne peut s'empêcher d'envoyer une pique à ceux qui adressent "des œillades à la droite" en faisant alliance avec des centristes du MoDem.
16 h 10. François Hollande, très en verve, tire le principal enseignement de cette journée de retrouvailles : il est redevenu, ne serait-ce que pour une poignée de semaines, le seul chef d'orchestre du parti. "Ne regardez nulle part ailleurs, choisissez comme seule boussole les Français, la démocratie; gagnez les élections municipales !", lance-t-il.

Contesté par une partie de l'appareil, confronté à des conflits internes qu'il maîtrise de plus en plus difficilement, François Hollande, premier secrétaire depuis onze ans, peut encore s'offrir une standing-ovation.

Jean-Michel Normand

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