Un ministre, ça ferme sa gueule ou ça s’engueule

Publié le par titof

Après Boutin/Amara ou Borloo/Kosciusko-Morizet, nouvel épisode des embrouilles entre ministres : Luc Chatel s’oppose à Christine Albanel sur la taxe des nuits d’hôtels de luxe pour restaurer le patrimoine.

François Vignal

LIBERATION.FR : mardi 22 janvier 2008

On ne les tient plus. A côté de la surmédiatisation de Nicolas Sarkozy, ils tentent d’exister, en l’ouvrant. Eux, ce sont les ministres ou secrétaires d’Etat. Certains n’hésitent plus à s’opposer, se contre-dire, se défier.

Derniers en date : Albanel-Chatel. Le secrétaire d'Etat au Tourisme, Luc Chatel, s'est dit aujourd’hui hostile à l'idée d'une nouvelle taxe sur les nuits en hôtels de luxe suggérée la veille par la ministre de la Culture Christine Albanel pour financer la restauration du patrimoine.

«Au moment où nous voulons attirer une nouvelle clientèle à forte contribution, car si elle ne vient pas en France elle ira ailleurs, je ne suis pas sûr que ce soit le meilleur message à envoyer», a déclaré Luc Chatel.

La ministre de la Culture, hier lors de ses vœux à la presse, n’a pourtant avancé que de taxer de «deux petits euros» les nuitées dans les hôtels quatre étoiles et plus, ou encore d'affecter un jeu de la Française des jeux pour financer les travaux de restauration du patrimoine.

«Il y a un débat au sein du gouvernement et ce sera au premier ministre et au président de la République d'arbitrer», demande clairement Luc Chatel.

Ministère du Logement, de la Ville…et des peaux de banane

Cette bisbille Chatel/Albanel n’est qu’un nouvel épisode des chamailleries ou vraies oppositions qui existe au sein du gouvernement Fillon. Fadela Amara, qui a présenté aujourd’hui son plan pour les banlieues, et Christine Boutin, ont déjà défrayé la chronique gouvernementale.

Le 14 janvier dernier, dans un entretien au quotidien la Croix, Christine Boutin, ministre de la Ville, avait tout simplement désavoué sa secrétaire d’Etat. Alors que l’ex-présidente de Ni putes ni soumises planche depuis des mois sur un plan Marshall pour les quartiers, sa ministre de tutelle annonce : «Je ne crois pas en un plan banlieue, mais en une nouvelle politique de la ville.» Ça fait désordre.

Mais ça continue aujourd’hui même, à Vaulx-en-Velin, pour la présentation du plan «Espoir banlieue» comme l’appelle Fadela Amara. La ministre du Logement et sa secrétaire d'Etat à la Ville ont passé leur temps à se contredire, sur les chiffres ou les termes : «Il faut passer de la logique de territoire à celle de personne», pour Christine Boutin. Quand vient l’heure du discours de Fadela Amara, la secrétaire d’Etat affirme : «Il est vain d'opposer populations et territoires»
La cohabitation entre une catholique de droite anti-Pacs et anti-avortement, opposée à la pilule du lendemain et au mariage homosexuel et une féministe de gauche issue des banlieues n’était pas gagnée sur le papier. Aujourd’hui, l’image des deux femmes bras dessus bras dessous après leur nomination, semble loin.

Cohabitation à l’Ecologie

Autre couple impossible du gouvernement : Nathalie Kosciusko-Morizet et Jean-Louis Borloo. Ces deux là ne s’apprécient guère. D’un côté, une jeune secrétaire d’Etat à l’Ecologie qui connaît son sujet. De l’autre, un Jean-Louis Borloo arrivé là après sa gaffe sur la TVA sociale, mais ministre de tutelle de Kosciusko-Morizet et qui compte bien exercer son pouvoir.

Preuve de leur animosité, lors du conseil des ministres délocalisé en Corse du 30 octobre dernier, Jean-Louis Borloo veut imposer à sa secrétaire d’Etat de prendre le ferry, et non l’avion, trop polluant. Le Grenelle de l’Environnement vient de conclure une semaine avant la nécessité de diminuer par deux les émissions de CO2 dues aux transports d'ici 2012. Nathalie Kosciusko-Morizet, tient tête à Jean-Louis Borloo. Elle prendra finalement l’avion.

Rama Yade fait de l'ombre à Bernard Kouchner

Dans un autre genre, plus feutré, le ministre des Affaires étrangères, Bernard Kouchner, et sa secrétaire d’Etat chargée des Affaires étrangères et des Droits de l’Homme, Rama Yade, sont mis en concurrence sur le plan médiatique.

Rama Yade est jeune, inexpérimentée en politique, mais c’est elle qui ose d’abord s’indigner de la visite de Mouammar Kadhafi en France. «Le colonel Kadhafi doit comprendre que notre pays n’est pas un paillasson, sur lequel un dirigeant, terroriste ou non, peut venir s’essuyer les pieds du sang de ses forfaits», avait-elle lancé dans le Parisien.

Etouffé à force de trop avaler son chapeau, et sous la pression de l’opposition, Bernard Kouchner finit par réagir deux jours après, à l’Assemblée. Il juge les propos tenus la veille par Mouammar Kadhadi sur les droits de l'Homme en France et en Europe «assez pitoyables.» Bernard Kouchner sait à présent qu’il a trouvé une concurrente sur le terrain de l’indignation et des médias.

Pire, lors de l’affaire de l’Arche de Zoé, c’est Rama Yade qui fait front, encaisse, et répond aux questions des journalistes. Bernard Kouchner ? Absent. Ou plutôt en visite en Asie.

Devant ces guéguerres internes au gouvernement, le premier ministre, François Fillon, a tenté d’imposer le calme, rappelant à l’ordre ses ministres. Mais quand on est un «collaborateur» de Nicolas Sarkozy, comme le président de la République lui-même l’a appelé, il est plus difficile de faire jouer son autorité.

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