Michel Rocard démissionne de la commission sur le métier d'enseignant

Publié le par titof

PARIS - Coup dur pour la politique d'ouverture de Nicolas Sarkozy. L'ancien Premier ministre socialiste Michel Rocard a annoncé jeudi sa démission de la commission Pochard sur le métier d'enseignant, dénonçant une "exploitation politique mensongère et manipulatrice" par "Le Figaro" du travail de cette commission.

Dans un entretien publié jeudi par le quotidien, M. Rocard révélait que le groupe de travail constitué en septembre dernier par le ministre de l'Education nationale Xavier Darcos pour rédiger un livre vert sur les conditions d'exercice du métier d'enseignant proposait "d'améliorer la prise en compte de la performance dans le déroulement des carrières des enseignants". Ce rapport doit être remis lundi à M. Darcos.

"Je considère le titre du Figaro de ce 31 janvier 2008 en 'une', 'Rocard propose de payer les profs au mérite' comme une malversation", explique l'ancien Premier ministre dans un communiqué. M. Rocard juge "parfaitement indélicat de citer, s'agissant d'un rapport collectif, un seul membre d'une commission, qui n'en est même pas le président".

Le député européen socialiste estime "inadmissible" ce titre dans la mesure où il précisait dans l'entretien que la rémunération au mérite ne figurait pas dans le rapport. "Je veux être clair: nous n'évoquons pas directement dans notre rapport une rémunération au mérite. Mais, c'est certain, il faut améliorer la prise en compte de la performance dans le déroulement des carrière des enseignants", explique ainsi M. Rocard dans "Le Figaro".

"J'aurais eu du mal à être plus clair: dans notre esprit, la reconnaissance du mérite doit d'abord affecter essentiellement le déroulement des carrières et non la paie directe. Je suis là dessus solidaire des enseignants", assure l'ancien Premier ministre dans son communiqué.

"Devant l'exploitation politique mensongère et manipulatrice initiée par 'Le Figaro', qui est faite du travail de cette commission, et malgré le bon climat qui y a régné, j'ai présenté ma démission pour que les choses soient claires", se justifie M. Rocard.

La sortie de l'ancien Premier ministre socialiste, qui avait fait de son "parler vrai" une marque de fabrique durant son bail de trois ans à Matignon (1988-1991), a suscité de vives réactions parmi les syndicats enseignants.

"Si le but de la commission était de travailler à la revalorisation du métier d'enseignants, on en est loin", a réagi le secrétaire général de la Fédération syndicale unitaire (FSU) Gérard Aschieri, dénonçant une "volonté de mise en concurrence des individus".

La démission fracassante de Michel Rocard est un coup dur pour la politique d'ouverture de Nicolas Sarkozy, à un moment où le chef de l'Etat chute dans les sondages. Depuis son élection, le chef de l'Etat a pris l'habitude de nommer des figures du PS au gouvernement mais aussi dans les innombrables commissions chargées de préparer ses réformes. Il affirme vouloir poursuivre cette politique après les élections municipales des 9 et 16 mars.

L'Elysée et le ministère de l'Education n'ont pas souhaité commenter cette démission.

Interrogé par l'Associated Press, le porte-parole de l'UMP Yves Jego a déploré la "vision fluctuante de l'intérêt du pays" de l'ancien Premier ministre. "C'est dommage que M. Rocard n'ait pas souhaité aller jusqu'au bout d'une mission qu'il avait pourtant acceptée", a-t-il commenté. "La réflexion sur le métier d'enseignant aurait mérité mieux que des pas de clerc".

"S'il y a des manipulations, ceux qui ont voulu ça en sont pour leurs frais", a commenté pour sa part le porte-parole du PS Julien Dray.

Certains au PS soupçonnaient l'ancien Premier ministre de s'être fait piéger en acceptant de participer à cette commission et d'avoir imaginé ce coup d'éclat pour s'en sortir. AP

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