Combats dans N'Djamena, évacuation des étrangers lancée

Publié le par titof

N'DJAMENA (Reuters) - Menant leur offensive la plus audacieuse depuis deux ans, les rebelles tchadiens, à bord de pick-up 4x4 équipés de mitrailleuses, ont affronté samedi l'armée gouvernementale pour le contrôle de N'Djamena, la capitale.

Des tirs d'armes lourdes pouvaient être entendus dans toute la ville le long de la rivière Chari. Habitants et diplomates signalaient des accrochages dans les rues entre insurgés et militaires, alors que la France s'apprêtait à évacuer ses ressortissants et ceux d'autres pays étrangers.

"Les tirs d'artillerie sont très nourris actuellement et nous ressentons les contre-coups ici dans notre hôtel", a raconté sur son blog internet Gabriel Stauring, un humanitaire en poste à N'Djamena.

Environ 900 ressortissants français et étrangers ont rejoint les trois points de regroupement mis en place par les autorités françaises, a précisé le ministre français de la Défense, Hervé Morin.

"Pour l'instant nous estimons qu'il y a environ 200 personnes qui souhaitent être évacuées", a-t-il dit sur France 3, ajoutant que l'opération devait débuter "vers 20h00".

Un Transall de l'armée française doit acheminer les personnes évacuées vers Libreville, au Gabon, où elles seront prises en charge par un Boeing 777 affrété par la France.

Il a souligné qu'il n'y avait "aucun sentiment de panique" parmi les Français sur place. "Les rebelles indiquent qu'ils n'est pas question de porter atteinte à la sécurité de nos concitoyens", a-t-il dit.

Hervé Morin a par ailleurs assuré que Paris, lié au Tchad par un accord de coopération, gardait sa position de neutralité. "Nous continuons à rester neutre dans ce combat", a-t-il dit.

Le ministre des Affaires étrangères, Bernard Kouchner, a dénoncé sur France 2 "une attaque brutale contre un président élu" et a dit "soutenir la légalité".

Interrogé sur la "neutralité" de la France, il a répondu : "Je n'emploierais pas le mot 'neutre'. Nous soutenons le pouvoir, la légalité", a-t-il dit, précisant que le président Nicolas Sarkozy avait eu son homologue tchadien Idriss Déby "trois fois" au téléphone pendant la journée.

"La situation est mouvante et nous verrons bien l'évolution", a souligné Bernard Kouchner.

On ne dispose pour le moment d'aucune information sur le bilan des combats mais la chaîne de télévision arabophone Al Arabiya a fait état de la mort de l'épouse et de la fille d'un employé, tuées par une bombe lancée contre la résidence de l'ambassadeur d'Arabie saoudite au Tchad.

Les insurgés n'ont apparemment rencontré qu'une faible résistance lors de leur marche-éclair sur la capitale à partir du Soudan.

L'UNION AFRICAINE CONDAMNE

Un porte-parole de l'alliance de groupes rebelles tchadiens, qui se battent depuis des années pour renverser le président Idriss Déby, a affirmé que les insurgés avaient pris N'Djamena. "Nous sommes en train de sécuriser la ville", a déclaré sur RFI Abderamane Koullamalah, en affirmant se trouver à N'Djamena.

Un site internet de l'opposition tchadienne, Alwihda, a également annoncé la chute de la capitale.

Pour sa part, Mahamat Ali Abdallah Nassour, ministre d'Etat, a opposé un démenti. "Les forces de défense et de sécurité tchadiennes contrôlent la capitale", a-t-il dit, également sur RFI.

Le ministre a assuré s'exprimer de la présidence d'où, a-t-il dit, le chef de l'Etat conduit les opérations - une information impossible pour le moment à confirmer de source indépendante.

Diplomates et N'Djaménois déclarent qu'il est difficile d'affirmer qui tient la ville, où des actes de pillage ont éclaté. "Nous assistons au flux et au reflux des combats", témoigne un diplomate.

Des affrontements ont eu lieu aux abords du palais présidentiel et du Parlement.

Au sommet de l'Union africaine réuni à Addis-Abeba, les dirigeants du continent ont condamné l'entrée des rebelles dans N'Djamena et menacé de les chasser de l'UA s'ils accédaient au pouvoir.

"En cas de victoire de la rébellion, nous les excommunierons de l'Union africaine", a déclaré aux journalistes le nouveau président en exercice de l'UA, le Tanzanien Jakaya Kikwete.

Le dirigeant libyen Mouamar Kadhafi a également dénoncé l'attaque des rebelles tchadiens.

Samedi matin, le président français Nicolas Sarkozy a évoqué la situation au Tchad avec Idriss Déby par téléphone, rapporte l'Elysée. L'ancienne puissance coloniale a condamné le coup de force des rebelles tchadiens et apporté son soutien à la médiation décidée par l'UA.

"Comme l'Union africaine, la France condamne fermement la tentative de prise de pouvoir par la force, par des groupes armés venus de l'extérieur", déclare le Quai d'Orsay dans un communiqué. "Nous appelons à l'apaisement et à la réconciliation. Nous apportons notre soutien à la médiation que vient d'engager l'Union africaine en ce sens".

Les combats entre Tchadiens ont retardé le déploiement imminent dans l'est du Tchad de la force européenne Eufor-Tchad, à forte composante française, censée protéger les populations civiles des débordements des violences au Darfour soudanais.

Dans la capitale éthiopienne, le président de l'UA a fait part de son inquiétude face à l'évolution de la situation au Tchad. "Il est encore plus triste de voir jaillir du sang de nouvelles blessures au Kenya et au Tchad".

Version française Véronique Tison et Jean-Loup Fiévet

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