Tchad: calme précaire après les combats dans N'Djamena livrée aux pillages

Publié le par titof

N'DJAMENA (AFP) - Un calme précaire régnait dimanche en fin d'après-midi à N'Djamena après une accalmie des combats entre l'armée et les rebelles au coeur de la capitale tchadienne livrée à des incendies et des pillages, tandis que l'armée française procédait à l'évacuation des étrangers.

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Les affrontements qui ont débuté samedi, impliquant des hélicoptères de combat et de l'artillerie lourde, ont fait plusieurs centaines de blessés parmi les civils, selon l'ONG Médecins sans frontières (MSF).

De nombreux cadavres ont aussi été signalés par des témoins dans les rues de N'Djamena, qui compte plus de 700.000 habitants, sur les 8 millions du pays.

Les rebelles, après avoir été jusqu'aux abords de la présidence samedi, s'étaient retirés dans la soirée dans le nord de la capitale. Ils ont reproduit le même scénario dimanche, menant des incursions ponctuelles contre l'armée retranchée dans le centre-ville autour du palais présidentiel, avant de se replier.

"On empêche les enfants de sortir, tout le monde redoute les balles perdues (...), j'ai vu passer devant chez moi des voleurs avec des sacs, des chaises sur la tête", a indiqué un médecin tchadien vivant dans le centre de la capitale.

Le grand marché de N'Djamena et la radio nationale ont été détruits dimanche par des incendies et des pillages, selon d'autres témoins.

"Le marché public a été en partie incendié dans la matinée à la suite d'un tir d'obus d'un hélicoptère (de l'armée) visant des rebelles", a affirmé un témoin. "Ce début d'incendie a créé un début de panique, puis la foule est revenue pour piller tout le marché, le spectacle est désolant".

Le bâtiment de la radio, gardé jusqu'en milieu de matinée par un char de l'armée qui s'est ensuite retiré faute de munitions, a été pillé par la foule, selon un autre témoin.

Arrivé au pouvoir par les armes en 1990, le président Idriss Deby Itno a réussi à plusieurs reprises à renverser des situations militaires difficiles.

"On a fait une première offensive ce matin pour tester leur capacité de résistance", a indiqué le porte-parole des rebelles Abderaman Khoulamallah.

La rébellion a aussi attaqué dimanche la préfecture d'Adré, à la frontière du Soudan (est) avec, selon le préfet tchadien de région, un soutien aérien de l'armée soudanaise, une accusation démentie par Khartoum.

Depuis samedi soir, quelque 580 étrangers ont été évacués vers Libreville par des vols militaires français. Un Airbus A-310 avec 202 personnes à bord à quitté Libreville dimanche pour la France.

Dimanche, des Mirage F1 français basés à N'djamena ont été "mis à l'abri" dans des pays voisins, selon des sources militaires.

"Nous ne sommes pas allés prendre l'aéroport pour ne pas gêner l'évacuation des ressortissants étrangers, et maintenant l'armée française laisse décoller les hélicoptères (tchadiens) qui viennent nous attaquer", a regretté Abderaman Khoulamallah.

Les rebelles ont accusé la France de "jouer la montre" pour permettre au président Deby de se réorganiser, et ont menacé d'attaquer l'aéroport.

"La décision a été prise, nous allons prendre l'aéroport dans les 24 heures", a déclaré un porte-parole de l'Union des Forces pour la démocratie et le développement à Paris.

La reprise des combats dimanche semblait sonner le glas d'un cessez-le-feu que le dirigeant libyen Mouammar Khadafi, médiateur désigné par l'Union africaine avait affirmé samedi avoir négocié avec l'un des trois chefs rebelles.

Les rebelles se sont alliés mi-décembre sous la pression du Soudan, selon des experts. Khartoum souhaite notamment, selon ces experts, perturber le lancement de la force européenne au Tchad et en Centrafrique (Eufor) destinée à protéger les réfugiés du Darfour.

Le Soudan a nié dimanche toute implication: "Ce qui se passe au Tchad est une affaire interne et nous n'avons rien à y voir. Nous souhaitons que la situation se calme dans ce pays", a déclaré le ministre d'Etat soudanais aux Affaires étrangères, Sammani al-Wassila.

Le ministre français de la Défense Hervé Morin a indiqué dimanche que le déploiement de l'Eufor était "suspendu jusqu'à mercredi".

Le chef des rebelles du Rassemblement pour le changement (RFC), Timane Erdimi, cité dans la presse française, a affirmé que son mouvement ne voyait "plus aucun inconvénient" à la présence de l'Eufor, si elle n'avait pour mission que de "sécuriser" déplacés et réfugiés.

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