Exclusif : l’autre affaire qui embarrasse la société générale

Publié le par titof

Selon les informations de « Bakchich », le soupçon d’une affaire de blanchiment massif dans des investissements immobiliers inquiète la banque, qui a identifié 900 comptes suspects et transmis un dossier à Tracfin. Fâcheuse loi des séries : un procès en cours, un trader qui fait la plonger, des rumeurs d’OPA… rien ne va plus à la Générale !

Depuis plusieurs mois, les responsables de la Société Générale sont sur le qui-vive, et pas à cause des agissements d’un certain Jérôme Kerviel, le trader qui a coûté à la banque 4,9 milliards d’euros. Pas non plus à cause du procès du Sentier qui démarre ce lundi 4 février, pendant lequel Daniel Bouton, son Pdg, et d’autres cadres, seront jugés dans une vaste affaire de chèques entre la France et Israël aux côtés de quelque 130 autres prévenus.

Non, la haute direction de la banque sue à grosses gouttes depuis que ses experts de la lutte contre les fraudes ont relevé de curieuses anomalies concernant le fonctionnement de près de 900 comptes bancaires ouverts dans des agences parisiennes et en Ile-de-France. Par cette galaxie de comptes sont passées des centaines de millions d’euros, dont l’origine semble bien douteuse aux dirigeants de la Générale. Suffisamment douteuse pour qu’une déclaration de soupçon de blanchiment circonstanciée soit adressée à Tracfin, le service anti-blanchiment de Bercy, en décembre 2007.

Des milliardaires de Londres ont investi massivement dans l’immobilier.

Les suspicions, de trois types, font craindre aux dirigeants l’existence d’une méga lessiveuse d’argent sale au travers de leur banque. Les sommes ont été investies dans d’innombrables programmes immobiliers en France : des tours à La Défense à des centres commerciaux, en passant par des immeubles de bureaux et autres projets immobiliers de grande ampleur. L’ensemble de ces investissements relève d’une kyrielle de sociétés - dont certaines existent depuis des dizaines d’années -, toutes ces sociétés elles-mêmes liées à un groupe investissant dans la pierre de rapport.

Tout d’abord, des milliardaires basés à Londres, deux frères, ont pris le contrôle de ce groupe. Selon les présomptions de la Générale - qui méritent d’être confirmées par une enquête officielle - c’est leur argent qui aurait transité par les comptes bancaires litigieux avant d’irriguer nombre de réalisations immobilières. Discrets mais richissimes, au point de figurer dans les classements des personnalités les plus riches de Grande-Bretagne, ces frères ont fait fortune dans l’aluminium en Russie, au moment où la bataille pour les matières premières a opposé les oligarques russes. Associés à un clan, ils ont possédé, au faîte de leur gloire, 5% des ressources mondiales d’aluminium.

Au cours de leurs pérégrinations, ces messieurs ont croisé du beau monde, ce qui leur a valu d’apparaître dans quelques articles les associant parfois à des pratiques peu recommandables. Pas très étonnant, à force de fréquenter les doux requins que sont, par exemple, Roman Abramovitch, l’actuel propriétaire du club de foot de Chelsea, ou d’autres magnats de l’alu comme Oleg Deripaska et Lev Tchernoy. D’effrontés journalistes ont voulu associer ces deux frères à la mafia. Pour des businessmen qui recourent aux services des plus grands cabinets d’avocats de Londres, Genève et Paris, quelle insolence ! Ils ont beau jeu de rappeler qu’ils n’ont jamais été condamnés par un quelconque tribunal pour de vilaines histoires de ce type.

900 comptes et des sociétés offshore en pagaille

Cela n’empêche pas la Société générale de se poser quelques questions. D’origine improbable, les fonds transitant sur les comptes bancaires n’ont pas suivi non plus un parcours très clair. L’argent arrivait du Luxembourg après être passé aux Pays-Bas, au nom de sociétés dont les ayant droits ne sont pas toujours ceux qu’on croit. Le Luxembourg et les Pays-Bas appartiennent à l’Union européenne et sont intégrés au Gafi (le groupe de travail des pays industrialisés sur le blanchiment), mais la transparence y reste encore aujourd’hui un concept assez élastique. Et nos amis milliardaires ont un goût prononcé pour les sociétés off-shore aux Bermudes, au Luxembourg, en Suisse…

Deuxième inquiétude des banquiers de la SocGen : les 900 comptes, détenus par des dizaines de SCI, semblent avoir été ouverts dans une grande confusion. Le système des procurations aurait été massivement utilisé, selon un processus complexe : les patrons de sociétés de services oeuvrant pour le compte de sociétés d’investissement dont ils étaient également gérants, sans en être les associés, se chargeaient d’ouvrir les comptes et de rencontrer les agences bancaires au nom de leurs sociétés clientes, qui, elles, réalisent vraiment les investissements. De curieux tours de passe-passe.

La direction générale des impôts enquête depuis 2006

Alors que les banques ont un devoir de vigilance et de connaissance précise de leurs clients et de leurs activités, le procédé a semble-t-il permis d’organiser un joli écran de fumée. En 2006, une perquisition menée à l’initiative de la Direction centrale de la police judiciaire dans les locaux de l’une des principales sociétés en question, dans le XVIème arrondissement de Paris, pour une autre affaire, a mis la puce à l’oreille des autorités fiscales. Une enquête est donc menée par la Direction générale des impôts depuis cette année-là.

Pour finir, quelques problèmes de chèques, endossés pas comme il faut en bout de chaîne, ont rappelé à la banque la vilaine affaire qui vaut à ses dirigeants de se retrouver, prévenus, au procès qui s’ouvre ce lundi. Heureusement pour Bouton et les autres, leur cas ne devrait pas être examiné avant les 26 et 27 mai.

Cette gigantesque affaire de soupçon de blanchiment dans des investissements immobiliers tombe bien mal pour la banque, qui accumule les soucis. Un procès en cours, un trader qui fait plonger la banque, des salariés et clients inquiets, des rumeurs d’OPA… Fâcheuse loi des séries ! Contactée par Bakchich, la direction spécialisée dans la lutte contre les fraudes à la Société générale se refusait, en fin de semaine dernière, à tout commentaire.

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