La médiatisation des conseillers de Sarkozy exaspère la majorité

Publié le par titof

PARIS (AFP) - Les interventions médiatiques des conseillers de Nicolas Sarkozy exaspèrent de plus en plus les députés de la majorité, voire certains membres du gouvernement.

Alors que les critiques des élus UMP ciblaient jusqu'à présent surtout le conseiller du chef de l'Etat, Henri Guaino, accusé de "parler à tort et à travers", elles sont montées d'un cran mardi en réunion de groupe, en visant publiquement -une première- le bras droit du chef de l'Etat, le secrétaire général de l'Elysée Claude Guéant.

Peu habituée aux coups d'éclat, Valérie Rosso-Debord a été applaudie par ses collègues quand elle a jugé "pas normal" que M. Guéant ait annoncé dimanche à la télévision des mesures sur les retraites en lieu et place du gouvernement et mis en garde contre un "glissement institutionnel".

"Je n'ai fait qu'exprimer ce que le groupe pense et les ministres présents étaient très contents de mon intervention", a affirmé à l'AFP la députée de Meurthe-et-Moselle.

De fait, signe de l'inquiétude de la majorité à quelques semaines de municipales qui s'annoncent défavorables ou expression d'un certain agacement envers un président en chute libre dans les sondages, de plus en plus de députés expriment -plus ou moins ouvertement- le fond de leur pensée.

"La parole se libère", commente avec gourmandise le villepiniste Hervé Mariton.

"Pour parler élégamment, la distinction des fonctions administratives et électives me paraît souhaitable. Là, il y a un certain malaise. La médiatisation des conseillers pose question et peut-être même problème", constate le député UMP Michel Piron.

Sans citer de nom, le patron des députés Nouveau Centre, François Sauvadet, n'en pense pas moins: "il faut que les conseillers conseillent et que le gouvernement gouverne. C'est simple, il faut remettre l'église au milieu du village", a-t-il lâché mercredi.

Si le souverainiste Jacques Myard juge qu'Henri Guaino a "des idées excellentes", il n'en pointe pas moins un problème de "cohérence".

Même le secrétaire d'Etat aux Affaires étrangères, Jean-Pierre Jouyet, s'interroge: d'accord pour "une interprétation" dans les médias de la pensée présidentielle par les conseillers de l'Elysée mais pas question d'accepter que ces derniers "se substituent" aux ministres.

Si, selon lui, M. Guéant n'a jamais franchi la ligne jaune, il n'a pas voulu se prononcer sur le cas Guaino. "Je n'ai pas de commentaire", a-t-il lâché mercredi.

Des critiques que le patron des députés UMP, Jean-François Copé, tente de minimiser: "de tout temps, à gauche comme à droite", il y a eu des piques contre les collaborateurs de l'exécutif", juge-t-il.

Un responsable de l'UMP l'accuse pourtant d'avoir lui-même organisé la bronca de mardi en faisant monter au front des députés réputés proches de lui.

Du coup, plusieurs ministres ont tenté d'aller à la rescousse de M. Guéant le lendemain. Que "celui qui est aujourd'hui le principal collaborateur" du président "s'exprime, cela me paraît normal et nécessaire", a estimé Roger Karoutchi (Parlement).

La gauche n'est pas mécontente de pouvoir jeter de l'huile sur le feu. Lors des deux dernières séances, mardi et mercredi, des questions au gouvernement avant la pause des municipales, les députés PS ont ironiquement scandé à plusieurs reprises "Guéant, Guéant" en direction des bancs du gouvernement.

 

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