Le psychodrame de Neuilly résume l'impasse de Sarkozy

Publié le par titof

Voilà donc Jean Sarkozy prenant la tête d’un putsch au sein de l’UMP à Neuilly-sur-Seine pour renverser la tête de liste aux municipales, le porte-parole de l’Elysée David Martinon.

Cherchez l’erreur! Et si le psychodrame de Neuilly-sur-Seine résumait l’impasse actuelle de Nicolas Sarkozy? On y trouve en effet plusieurs des éléments qui lui valent de dégringoler dans l’opinion. D’abord la gestion en direct d’enjeux somme toute mineurs: c’est lui qui a en effet adoubé David Martinon pour occuper le poste de maire de Neuilly qui fut autrefois le sien. Lui encore qui a envoyé son fils Jean en renfort, et nul ne peut douter qu’il a suivi de près le dénouement de la crise ces dernières heures, même en déplacement en Guyane.

Deuxième facteur, une vie privée étalée au grand jour. On avait eu droit aux crispations de l’ex-femme, aux gestes affectueux vis-à-vis de la nouvelle, voilà désormais le fils en orbite politique. Il y a de nombreux fils de... en politique, et il n’y a rien de mal à ça. Mais au moment où les communicants de l’Elysée reconnaissent eux-mêmes que l’étalage de la vie privée du Président a fini par lui nuire, l’irruption du fils empêche le retour à la sérénité.

Troisième facteur, enfin, la perte d’autorité du Président sur ses propres troupes. Qui aurait pu croire, en effet, que dans son propre fief de Neuilly, Nicolas Sarkozy ne soit pas capable d’imposer son candidat? Le déclencheur de cette crise fut en effet un sondage privé qui donnait la liste UMP battue. Et ce n’est pas à gauche, évidemment, qu’allaient se réfugier les déçus du Sarkozysme à Neuilly, c’est auprès d’une autre liste de droite.

Cette affaire éclate au plus mauvais moment, alors que le Président tentait de reprendre la main après une période désastreuse. Il revenait au devant de la scène pour d’autres sujets que ceux de sa vie privée, comme l’a montré son intervention télévisée de dimanche soir. Un discours dont la seule utilité était de montrer aux Français qu’il s’occupait des grands enjeux internationaux -et pas seulement de sa nouvelle épouse.

Mais en politique on ne change pas de séquence aussi facilement. L’imbroglio de Neuilly, qui permet à l’opposition une ironie facile, montre que la séquence précédente n’est pas encore close. D’autant qu’elle coincide avec une nouvelle batterie de sondages négatifs: la descente aux enfers n’est pas terminée, elle est même cruellement en train d’installer un Président impopulaire aux côté d’un Premier ministre qui continue de grimper!

Nicolas Sarkozy ne se fait sans doute pas d’illusions sur sa capacité à redresser la barre avant les municipales. Alors, seulement, il pourra tenter de remettre les compteurs à zéro.

Pierre Haski

LA SOURCE

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