Lors de sa 2e audition, Jérôme Kerviel maintient avoir agi seul

Publié le par titof

PARIS (Reuters) - Entendu mercredi une deuxième fois par les juges d'instruction, le trader de la Société générale Jérôme Kerviel, auquel est imputée une perte de 4,9 milliards d'euros, a maintenu avoir agi seul, a rapporté un spécialiste de la communication travaillant avec son avocat.

"Au cours de cette audition, Jérôme Kerviel a confirmé la version initiale des faits et approfondi ses explications, en pleine collaboration avec le juge", a affirmé à Reuters Christophe Reille, qui occupe auprès du trader et de son avocate Me Elisabeth Meyer une sorte de fonction de "porte-parole", inédite dans une grande affaire judiciaire.

La deuxième audition de Jérôme Kerviel, après celle du 4 février, a duré environ cinq heures, et a notamment porté, selon une autre source proche du dossier, sur ses liens avec Moussa Bakir, courtier de l'ex-Fimat (devenue Newedge), filiale de la Société générale par laquelle sont passées certaines des transactions litigieuses.

Interrogé samedi dernier par les juges, ce dernier a le statut de témoin assisté et n'est donc pas poursuivi. Sa version a été confrontée à celle du trader, sur la base notamment des échanges de messages électroniques entre les deux hommes, versés au dossier par la Société générale.

Aucune complicité active n'est retenue par les deux juges, même si ces messages montrent que les deux employés parlaient des transactions litigieuses.

Alors que Jérôme Kerviel envisageait, prophétique, un séjour en prison, Moussa Bakir lui répondait le 13 décembre, selon ces messages publiés dans la presse et confirmés de source judiciaire : "j'aimerais bien aller en taule tous les jours quand je fais de l'argent légalement". Le trader répondait à son tour: "ça va montrer la puissance Kerviel".

SEUL EN CELLULE À LA SANTÉ

Jérôme Kerviel reconnaît des engagements risqués à hauteur de 50 milliards d'euros et le fait d'avoir fabriqué de faux documents pour masquer l'absence de couverture du risque.

Il explique cependant que sa hiérarchie était au courant de ses agissements et a fermé les yeux. Sa défense souligne que c'est la Société générale qui a matérialisé la perte de 4,9 milliards d'euros en liquidant ses positions en pleine débâcle boursière internationale, entre le 21 et le 23 janvier.

Les enquêteurs vérifient s'il n'avait pas de complices actifs ou si, pour le moins, certains de ses supérieurs hiérarchiques directs n'ont pas couvert ses agissements.

Me Meyer a déposé un pourvoi en cassation contre son placement en détention ordonné par la cour d'appel vendredi dernier, a-t-on appris par ailleurs mercredi au parquet général.

La Cour de cassation a un délai légal de trois mois pour examiner le dossier. La demande a juridiquement peu de chances d'aboutir, puisqu'elle ne peut pas porter sur le fond mais uniquement sur la légalité formelle de la décision.

La cour d'appel a suivi la demande du parquet général en estimant que le trader devait être emprisonné en raison notamment des risques supposés de concertation frauduleuse avec d'éventuels complices et de fuite à l'étranger - des critères prévus par le code de procédure et donc formellement légaux.

Les juges d'instruction avaient initialement laissé Jérôme Kerviel en liberté sous contrôle judiciaire le 28 janvier, lorsqu'ils l'avaient mis en examen pour "faux, usage de faux, abus de confiance, introduction dans un système de traitement automatisé de données".

Ils ne pourront plus revenir sur la décision de la cour d'appel, car cette dernière a spécifié dans son arrêt de vendredi qu'elle se réservait la question de la détention.

Le trader, écroué à la prison parisienne de la Santé, est seul en cellule dans le quartier dit des "VIP", réservé aux détenus particulièrement exposés. Il ne connait "aucun problème majeur" et "il est en bonne santé psychologique, autant qu'on peut l'être en détention", a assuré Christophe Reille.

Thierry Lévêque

Publié dans Actualité Judiciaire

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