Religion: les explications de Nicolas Sarkozy inquiètent toujours les tenants de la laïcité

Publié le par titof

PARIS (AFP) - Les explications mercredi de Nicolas Sarkozy sur sa conception de la place des religions dans la société continuent d'inquiéter les tenants de la laïcité, qui craignent une remise en cause de la séparation des églises et de l'Etat, même s'il n'a rien dit du projet de toilettage de la loi de 1905.

Invité d'honneur du dîner annuel du Crif (Conseil représentatif des institutions juives de France), Nicolas Sarkozy s'est appliqué à contrer les "approximations, amalgames et raccourcis" des commentaires qui ont accueilli, selon lui, ses discours du Latran et de Ryad sur la "laïcité positive".

"Jamais je n'ai dit que la morale laïque était inférieure à la morale religieuse (...) Je défends l'idée que les deux morales sont complémentaires (...) Et jamais je n'ai dit que l'instituteur était inférieur au curé, au rabbin ou à l'imam pour transmettre des valeurs", a-t-il insisté, en soulignant qu'il n'enlèvait pas un mot de ses deux discours: "je persiste et signe".

Les tenants de la laïcité ont fait part jeudi de leur crainte d'une remise en cause de la séparation des églises et de l'Etat, rappelant que le projet de toilettage de la loi de 1905 était déjà dans les cartons de Nicolas Sarkozy quand il était ministre de l'Intérieur.

Jean-Michel Quillardet, grand maître du Grand Orient de France, a jugé sévèrement la conception présidentielle de la laïcité ,"qui réintégrerait la religion dans le débat public, avec une préférence marquée pour la religion, qui serait supérieure à la morale laïque, parce que porteuse d'espérance".

"Cette conception de la laïcité n'est pas la bonne", a-t-il dit, "il n'y a pas d'un côté la religion et de l'autre la laïcité. La laïcité permet à toutes les identités de vivre ensemble sans que l'une s'impose à l'autre".

"Encore un effort Monsieur le président, et dites-nous clairement que vous ne toucherez pas à la loi de 1905", a-t-il ajouté.

Le numéro un du PS François Hollande a contesté la comparaison entre l'instituteur et le curé -"à l'un la tolérance, à l'autre la transcendance", a-t-il résumé-, en la qualifiant de "choquante".

"Nicolas Sarkozy a le droit d'exprimer ses positions personnelles, mais il est le chef de l'Etat et à ce titre doit défendre une conception beaucoup plus large de la laïcité", a-t-il dit.

"La laïcité", a insisté M. Hollande, "ce n'est pas la négation de la liberté de conscience, c'est au contraire la reconnaissance de cette liberté".

Le président du Crif Richard Prasquier, qui se définit comme un "partisan résolu de la laïcité", convient que "le monde est très fortement marqué par la religion". Mais, a-t-il dit à l'AFP, "opposer le laïque au religieux, ça ne représente pas la réalité".

"Il y a beaucoup de gens très religieux qui sont des adeptes de la loi de 1905" et "la plus grande partie de la communauté juive y est très attachée", a-t-il souligné.

Le pasteur Claude Baty, président de la Fédération protestante de France (FPF), voit dans le discours présidentiel un élément "positif" qui est d'"affirmer que les religions ont le droit de s'exprimer". Pour lui, Sarkozy est "le premier président de la République à sortir de l'héritage anti-clérical qui a longtemps divisé la France".

"Il fait partie de la société post-moderne, qui exprime facilement ses convictions, ses préférences, sa liberté d'être", a-t-il estimé. "Cela manque peut-être un peu de retenue, mais c'est sa façon d'être", a ajouté le pasteur Baty, en doutant que les propos présidentiels soient "le signe avant-coureur de grandes réformes".

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