La proposition Sarkozy sur la mémoire de la Shoah fait débat 2/2

Publié le par titof

Shoah et enfance: réactions mitigées à l'annonce de Nicolas Sarkozy

PARIS - La volonté de Nicolas Sarkozy de confier, à partir de la rentrée prochaine, à chaque élève de CM2 la mémoire de l'un des 11.000 enfants français victimes de la Shoah suscitait jeudi des réactions mitigées. Si certains y voient un moyen d'aider à la formation civique des enfants, d'autres dénoncent une charge émotionnelle trop lourde pour eux. Et tous s'accordent sur la délicate application de la mesure.

"Ce sera compliqué, il faudra faire confiance au tact et à la finesse de nos enseignants", a reconnu le ministre de l'Education nationale Xavier Darcos après l'annonce du président de la République mercredi soir lors du dîner annuel du CRIF (Conseil représentatif des institutions juives de France). "C'est un sujet délicat qu'il faut traiter avec délicatesse".

S'il estime que "c'est plutôt une bonne idée", Xavier Darcos a précisé qu'il ne faudrait pas tomber "simplement dans un espèce de simple moment de célébration et de deuil". "C'est un petit travail de mémoire et d'histoire à la fois" qui doit permettre de "construire un travail pédagogique", a-t-il souligné.

De son côté, le psychiatre Serge Hefez a émis "beaucoup de réserves". "Si on peut imposer une mémoire, si on peut imposer des connaissances à des enfants, je crois qu'on ne peut pas leur imposer des fantômes", a-t-il expliqué sur LCI.

Pour lui, c'est notamment le fait que l'initiative soit imposée à tous les enfants de CM2 qui pose problème. "C'est comme si tous les enfants étaient pareils, comme si tous les enfants avaient la même psychologie", a-t-il souligné. "Or, ça n'est pas le cas. Il y a peut-être des enfants qui vont pouvoir en tirer quelque chose et d'autres pour qui ça aura un effet plutôt négatif".

L'opinion est aussi tranchée chez les syndicats d'enseignants. "C'est encore une fois la confusion persistante du président entre histoire et mémoire, la même qu'il y avait avec Guy Môquet", a réagi Patrick Gonthier, secrétaire général de l'UNSA-Education, dans une allusion à la lecture de la lettre du jeune résistant communiste fusillé, le 22 octobre dernier dans les lycées.

"L'histoire demande de la distance et de l'étude, et la mémoire est plus soumise à l'affectif et à l'émotionnel. Et il fait porter sur les enfants de dix ans une charge affective qui les dépasse beaucoup", a-t-il expliqué à l'Associated Press.

Gérard Aschieri, secrétaire général de la FSU a pour sa part dénoncé un "effet de communication sans aucune concertation, en oubliant le travail des collègues sur le terrain, qui sont très soucieux de cette question". "Pour un enfant de dix ans, porter la mémoire d'un autre enfant mort il y a cinquante ans, c'est très lourd et ça peut être contre-productif", a-t-il déclaré à l'AP.

Côté politique, si l'eurodéputé socialiste Vincent Peillon s'est déclaré "totalement effondré", Ségolène Royal a, elle, estimé que l'initiative "va dans le bon sens".

Car les partisans de cette mesure insistent, eux, sur l'importance du devoir de mémoire dans la construction civique des enfants.

"Savoir que le souvenir" de ces enfants juifs "sera conservé individuellement par des enfants qui le transporteront au cours de ce siècle, je crois que ça peut effectivement aider à la fois à la survie posthume de l'enfant et puis à la formation morale et civique du nouvel enfant", a ainsi jugé Serge Klarsfeld, président et fondateur de l'Association des fils et filles de déportés juifs de France.

Même tonalité chez la Fédération des parents d'élèves de l'enseignement public (PEEP). Selon sa présidente Corinne Tapiero, il ne s'agit pas de "traumatiser" les enfants "en jouant à leur faire peur, ce n'est pas ça l'idée", mais plutôt de "faire tomber" les clichés. "Dans le cadre de l'éducation à la citoyenneté, c'est une façon d'approcher les choses", a-t-elle affirmé sur iTélé, soulignant néanmoins qu'il reste "encore quelques mois pour mettre en place cette mesure". "Elle va être réfléchie avec les spécialistes". AP

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