Sarkozy : du brouillon au bouillon

Publié le par titof

Traité de Lisbonne, dîner du CRIF, opération Villiers le Bel, depuis une semaine le Président est poissard, et son épouse itou. Mot d'ordre du jour : ne plus bouger !

L'activisme est une vertu tant que l'on connaît la réussite, il devient sinon synonyme de précipitation, de gesticulation et de maladresse. Le Président de la République est en train d'en faire l'expérience. Voici encore quelques semaines, les éditorialistes louaient sa vista et son sens aigü de la communication. Nicolas Sarkozy fabriquait en temps réel l'agenda des journalistes. Aucun média ou presque n'aurait pu résister à la toute puissance de ce diable d'homme.
Depuis une semaine, chaque initiative du Président tombe à côté de la plaque. Dimanche 10 février, il a, sans prévenir grand monde dans son entourage, décidé de s'exprimer à la télévision avec un cérémonial qu'il avait jusqu'alors rejeté, pour capitaliser ce qui lui apparaît comme sa victoire politique de début de quinquennat, la signature du Traité de Lisbonne. Quatre lignes d'une brève dans Le Monde du lendemain, pas un seul titre à la une des télévisions, des radios et de la presse quotidienne.
Un four total.

Le cadeau empoisonné aux Juifs de France

On ne sait pas encore qui était prévenu, avant le dîner du CRIF de mercredi 13 février, de la proposition de prise en charge mémorielle des enfants juifs victimes de la Shoah. Mais il est clair que Simone Veil par exemple, présente à ce dîner, n'a pas été consultée. Ici, la précipitation du président traduit une fébrilité quelque peu infantile : Nicolas Sarkozy voulait «reprendre la main», comme un enfant exige son repas ou son tour de manège, dans l'instant. Moyennant quoi il a proposé une initiative qui, dans son esprit, se voulait sans doute un «cadeau aux Juifs» mais que ces derniers ne pouvaient ressentir que comme un offrande empoisonnée qui démontre que le Président n'a jamais réussi à se mettre à la place de ceux dont il entend se montrer solidaire. Sans compter que la proposition de «charger» chaque écolier de faire vivre la mémoire d'un enfant juif déporté pose des problèmes psychologiques et pratiques que le Président n'avait nullement anticipés.

Lundi 18 février, le débarquement de forces de police à Villiers le Bel, à Sarcelles et à Arnouville-Lès-Gonesse s'avère, là encore, contre-productif. Pourquoi déployer 1100 policiers pour arrêter quelques uns des agresseurs de policiers de novembre 2007, ce que la police sait très bien faire dans le calme et la discrétion ?

Làs ! Cette opération, qui aurait, voici deux an ans encore, été interprétée comme une démonstration pédagogique de la volonté Sarkozyenne de rétablir la sécurité, est à présent décryptée en temps réel comme une opération à grand spectacle, voire comme une vulgaire manipulation. Ce lundi 18 février, les bulletins d'informations radiophoniques signalaient, comme Ségolène Royal, la présence de caméras et donc de journalistes prévenus pour rendre compte de l'opération. Nul doute que, dans les jours qui viennent, les journalistes vont enquêter : qui a décidé de cette opération ? Pourquoi maintenant ?

Un couple versatile et immature

A voir les premiers pas de la première dame de France, la poisse présidentielle est contagieuse. Non contente de se lancer dans une autocritique amplement justifiée sur le choix d'emmener son fils Aurélien à Petra, Carla Bruni a dû s'excuser une nouvelle fois deux jours plus tard pour avoir comparer le SMS – fort discutable au demeurant – d'Airy Routier au journalisme antisémite durant l'occupation, ce qui était non seulement erroné mais de fort mauvais goût. Ces deux incidents montrent en tout cas que l'épouse du président est fidèle au serment du mariage qui veut que l'on épouse pour le meilleur et le pire…. Pour l'heure, les époux de l'Elysée apparaissent comme des personnalités versatiles, insouciantes et immatures...

Bref, après cette semaine calamiteuse, les conseillers les plus avisés du Président lui conseillent de calmer le jeu. Autrement dit de ne plus bouger. Ce fut, voici dix-huit mois, le destin d'un Premier ministre nommé Dominique de Villepin. Ce fut, en 1994, le choix d'un premier ministre nommé Edouard Balladur lorsque les jeunes étaient descendus dans la rue pour dénoncer – déjà ! – le projet de contrat jeune, le CIP. A l'époque, dans l'entourage de Sir Edouard, l'un des plus chauds partisans de l'immobilisme était … le jeune Sarkozy. Mais comment redevenir balladurien quand on s'est shooté, pendant deux ans de campagne, au doux mot de la rupture ?

Philippe Cohen

LA SOURCE

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