Longtemps, il a dit qu'il n'était "pas un ambitieux". C'était vrai, mais
il fallait comprendre "pas un carriériste". Et c'est grâce à ce tempérament authentiquement humble que Marc Lièvremont s'est imposé aux yeux du président de la Fédération française de
rugby (FFR), pour prendre la succession de Bernard Laporte à la tête du XV de France. "C'est un homme d'une grande modestie, extrêmement réfléchi et pondéré", a expliqué Bernard
Lapasset, en officialisant la désignation de l'ancien troisième-ligne aile international (25 sélections), mercredi 24 octobre, à Tarbes. "Un leader, un gagneur", a ajouté Jean-Claude
Skrela, l'ancien entraîneur des Bleus devenu directeur technique national (DTN).
Le président de la FFR a pris contact avec Marc Lièvremont "il y a presqu'un mois",
pendant la Coupe du monde. "Il m'a tout de suite parlé des gens avec lesquels il allait travailler", assure M. Lapasset. Deux hommes l'épauleront donc dans ses nouvelles responsabilités
: Emile Ntamack, ancien ailier et trois-quart centre du Stade toulousain et des Bleus (46 sélections), qui a ensuite conduit l'équipe de France des moins de 21 ans au titre de champion du monde,
en 2006 ; et Didier Retière, ancien talonneur et pilier de niveau plus modeste, qui a rejoint la DTN en 2005, en compagnie d'Emile Ntamack. "On a coutume de dire que cela ne se
refuse pas", a réagi le nouvel entraîneur du XV de France dans un entretien à l'AFP.
"L'OPPOSÉ DE BERNARD LAPORTE"
Marc Lièvremont, 39 ans, promu inattendu, a "conscience d'être au centre de beaucoup
d'attentes et d'espoirs". L'actuel entraîneur de Dax, un club qu'il a aidé à retrouver l'élite du Top 14 la saison dernière, n'a "rien demandé à personne" et se "considère comme
un homme libre, avec des convictions en termes de jeu et de gestion humaine". A sa façon, qui privilégie la discrétion, il sera donc l'homme de la rupture avec les années Laporte, frappées
du sceau de l'individualisme ostentatoire. "Oui, il semble qu'il soit l'opposé de Bernard Laporte", a concédé Bernard Lapasset après avoir énuméré les qualités du nouveau venu. L'ancien
sélectionneur des Bleus a été informé de ce choix lundi 22 octobre, le jour de sa prise de fonction comme secrétaire d'Etat aux sports. "Il m'a dit "c'est ton choix, bravo, bonne
chance"", assure M. Lapasset.
Un épisode de sa carrière de joueur illustre l'indépendance d'esprit de Marc Lièvremont : en
2000, le flanker du Stade français avait préféré se mettre "en retrait", quand ses coéquipiers parisiens avaient décidé de pousser dehors leur entraîneur d'alors, Georges Coste, pour
s'installer dans une "autogestion" en réalité pilotée par un ancien entraîneur du club. Le Catalan avait profité de cette mésentente pour rejoindre Biarritz. Paris avait fait de lui "un homme
plus ouvert, plus français et un peu moins catalan", mais il n'avait pu refouler l'appel du Pays basque : "Je suis attaché à une certaine qualité de la vie."
Catalan né à Dakar, le nouvel entraîneur des Bleus a pris racine sur la côte atlantique, en
famille : ses deux frères rugbymen de haut niveau, Thomas et Mathieu, l'avaient rejoint à Dax. Il continuera de résider à Anglet (Pyrénées-Atlantiques).
Sur son projet de jeu - "une expression trop à la mode" -, Marc Lièvremont ne
souhaite pas encore s'étendre : "C'est vrai que ma conviction d'un rugby spectaculaire et qui gagne a été ébranlée pendant la Coupe du monde", dit-il, comme à regret. Mais il s'avoue
toujours "convaincu que le rugby néo-zélandais peut être celui qui gagne".
Son travail d'équipe, avec ses adjoints, devrait préfigurer la mise en place d'un "centre
de d'excellence de la formation des entraîneurs" souhaité par M. Lapasset : "Nous ne voulons plus être à la remorque des choix de tel ou tel entraîneur", précise le président de la
FFR, qui cédera prochainement sa place, car il vient d'être élu à la tête de l'International rugby board (IRB).
Pour constituer leur XV de France, Marc Lièvremont et ses deux adjoints seront accompagnés
d'un "comité de sélection". Ils discuteront de leurs choix avec Jo Maso (manager), Jean-Claude Skrela, Jean Dunyach (vice-président de la FFR), Philippe Sella (manager de l'équipe de
France des moins de 20 ans) et un représentant des anciens internationaux. Marc Lièvremont y trouvera sans doute l'occasion de faire parler son caractère, fort et indépendant.
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