Jérôme Kerviel, trader solitaire introuvable

Publié le par titof

PARIS (Reuters) - Un solitaire toujours derrière son écran, un Tom Cruise en plus grand, un trentenaire sans histoire ou un "génie de la fraude"?

Le portrait de Jérôme Kerviel, à qui la Société générale impute une fraude massive ayant entraîné 4,9 milliards d'euros de pertes, émergeait peu à peu vendredi, 24 heures après l'annonce du scandale.

Sur la boîte aux lettres de son logement de Neuilly-sur-Seine, rue Michelis, le concierge a laissé un mot à l'intention de la presse sur lequel on peut lire "Kerviel inconnu dans la maison".

"Ne le cherchez pas ici, il y a probablement longtemps qu'il a trouvé refuge ailleurs", dit la note. Son appartement aurait été "loué ou sous-loué à des locataires de type asiatique parlant anglais".

Selon l'avocate du jeune trader, son client n'est "pas en fuite". "Il se dit à la disposition de la justice", a expliqué Me Elisabeth Meyer sur BFM TV. La direction de la Société générale l'a entendu samedi soir mais "l'homme qui a fait sauter la banque" - selon le titre du Parisien vendredi - reste introuvable. La seule photo diffusée provenant de l'annuaire interne de la banque montre un jeune homme brun, à l'air sévère.

Sa mère, qui vit à Pont l'Abbé, dans le Finistère, a rejoint son fils "qui n'allait pas bien" en région parisienne, a dit à Reuters un proche de la famille qui a souhaité garder l'anonymat.

"C'est un garçon comme il faut et qui n'est pas selon moi responsable de ce qu'on lui reproche. On lui fait porter un chapeau bien trop large pour lui", ajoute cette personne, membre de la famille Kerviel.

Avant de prendre sa retraite, la mère du trader tenait un salon de coiffure à Pont l'Abbé. Son père, qui travaillait dans un centre d'apprentissage près de Quimper, serait décédé d'un cancer du foie il y a quelques années. Outre Jérôme, le couple a eu un autre fils.

Selon son CV publié par le quotidien britannique The Daily Telegraph, Jérôme Kerviel est un passionné de voile et de judo, un sport qu'il pratique depuis huit ans et enseigne désormais à des enfants. En 2001, lors des dernières élections municipales, il figurait sur la liste du maire RPR sortant, Thierry Mavic.

A Neuilly, "les gens ne veulent pas parler", raconte Etienne Donon, employé du caviste en face de l'immeuble de Kerviel. "Ici, c'est un quartier riche où règne la loi du silence", ajoute-t-il.

LE SERRURIER DEVENU CAMBRIOLEUR ?

"On le croisait le week-end", dit un agent immobilier qui travaille et vit dans le quartier. "Il avait l'air normal. Les gens disent qu'il ressemble à Tom Cruise mais je trouve qu'il est plus grand."

"Très beau et très froid", ajoute Isabelle Thomas, qui explique qu'elle vit dans l'appartement en-dessous de celui de Jérôme Kerviel.

"C'est un bel homme, musclé, sportif. Il sautait des marches lorsqu'il rentrait le soir", ajoute-t-elle.

Sur son CV en anglais, on apprend qu'il travaillait pour la Société générale depuis 2000.

Après une licence à Nantes, il a obtenu un DESS "Management des opérations de marché back et middle office" à l'Université Lyon-II en septembre 2000, une formation en alternance, quatre mois à l'université et huit mois en entreprise.

"C'est un petit peu comme quelqu'un qui devient cambrioleur mais qui a un métier de serrurier. S'il a une très bonne formation de serrurier, pour cambrioler c'est plus simple", a déclaré André Tiran, doyen de la faculté des Sciences économiques et de gestion, vendredi sur France 2.

Dans un communiqué, il précise toutefois que "l'institution ne porte pas la responsabilité du comportement moral de l'ensemble de ses étudiants".

Devant la tour Société générale à La Défense, où travaillait Jérôme Kerviel, le personnel dit avoir reçu pour consigne de pas parler à la presse.

Plusieurs collègues parlent d'un homme solitaire, qui n'avait pas pris de vacances depuis longtemps, suivait constamment ses positions sur les marchés boursiers et qui jouissait d'une réputation relativement bonne en interne.

"C'était juste un type normal. Quand j'arrivais le matin, il était là et quand je partais le soir il était toujours là", se souvient un homme qui travaillait dans le même département.

"Ce n'était pas un génie ou quoi que ce soit dans ce genre. Il travaillait beaucoup", commente un autre, réfutant le surnom de "génie de la fraude" utilisé la veille par le gouverneur de la Banque de France, Christian Noyer.

Julien Toyer, François Murphy, Astrid Wendlandt, Brian Rohan, Pierre-Henri Allain

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